Publié le 26 décembre 2017

Mon bureau sur un radeau

En septembre, Cap’tain Aodrenn me propose de faire le tour de la Corse avec son catamaran solaire. Sauf que pour moi, septembre c’est la rentrée ! Je réussis pourtant à m’organiser pour m’échapper du bureau et le rejoindre à Ajaccio pour 15 jours. J’ai enfin pris conscience qu’autre chose était possible et je choisis délibérément de m’aventurer hors de ma zone de confort. Dans mes bagages, se trouvent mon ordinateur portable, mon smartphone et... l’espoir intense de trouver une connexion Internet à chaque coin de crique. Après 21 ans de travail quotidien dans un cabinet d’expertise comptable, je suis habituée comme des millions de Français à un rythme de vie calibré et conformiste : bureau de 9 heures à 19 heures. La seule différence entre un salarié et la chef d’entreprise que je suis depuis dix ans, c’est qu’il arrive à mes déjeuners (souvent professionnels) de s’éterniser au-delà de l’heure syndicale et que je m’autorise à passer chez le garagiste ou prendre un rendez-vous chez le coiffeur pendant les heures ouvrables. Au large des côtes de Corse, c’est pratiquement l’inverse : j’ai l’impression de bosser pendant mes congés. Tenue décontractée et pieds dans l’eau, j’allume mon téléphone, je lis et je réponds à mes mails à l’ombre toute relative de la voile. Sur mon ordinateur portable, j’examine les documents scannés par ma précieuse assistante Sandrine et j’accède aux dossiers techniques via un  bureau à distance ouvert sur mon serveur. Je parviens ainsi à gérer la plupart de mes tâches depuis l’embarcation. Ma disponibilité varie selon les caprices de la météo et plus particulièrement du bruit du vent. Je n’ai pas de table pour poser mes outils de travail et et je suis en permanence sous la menace d’une catastrophe technique, si mon ordinateur ou mon téléphone se prennent une vague. Mais dans l’ensemble, je suis bien mieux ici qu’au bureau ! Et ma journée de travail n’est pas si différente. Je démarre à 9 heures et termine à 18, au rythme des mails, coups de téléphone avec le bureau ou les clients. J’apprends à déléguer et développer ma confiance dans mon équipe restée au bureau. C’est génial de pouvoir gérer mon cabinet à distance, tout en profitant d’un voyage incroyable. A bord, l’expérience ne ressemble ni à un voyage organisé ni à des vacances. Il n’y a pas deux journées identiques, mais je trouve rapidement mon rythme. Nous dormons sous la tente du catamaran. J’apprécie particulièrement la baignade du matin, juste au réveil, qui compense le fait que je ne grève que deux fois par semaine nos réserves d’eau douce non potable, pour utiliser notre douche solaire. Mais je ne suis pas gênée par la présence du sel sur ma peau. Après m’être rafraîchie en pleine conscience, je médite sur la plage avant la frugale collation du matin. Notre alimentation est simple : avant d’embarquer, nous avons fait le plein de pommes de terre, avocats ou pommes, mais aussi de galettes végétales, semoules : tout ce qui se conserve bien sans frigo. Tous les trois jours, nous nous ravitaillons en fromages, légumes frais, eau douce et jus de fruits, que nous consommons très rapidement. Nous utilisons un réchaud à gaz pour cuire les aliments, mais nous avons vite découvert que l’autonomie de la bouteille était limitée. Ma garde-robe est minimaliste : Quatre tenues qui doivent s’adapter à tous les temps et durer tout le séjour même si l’eau salée les raidit vite. Mon bureau s’est transporté sur un radeau, mais pas mon lave-linge.   Prochain épisode : quand les employés choisissent collectivement la carte de vœux du cabinet.