Publié le 5 octobre 2017

Grimoire

Mon mémoire engagé a failli me coûter mon diplôme d’expert-comptable

L’engagement citoyen démarre souvent par un déclic. Le mien s’est annoncé très tôt, par le biais d’un sérieux problème de santé. Lorsqu’à 19-20 ans, j’ai développé une tendance à la compulsion alimentaire et que mon cholestérol s’est envolé, je me suis posé un tas de questions. Dans un premier temps, j’ai mis cela sur le compte de la pilule et comme je fais rarement les choses à moitié, je me suis lancée dans des recherches sur l’alimentation. Je suis vite tombée sur le concept de la malbouffe et notamment la surconsommation de viande. C’est ainsi qu’avec mon mini budget d’étudiante, j’ai commencé à manger bio et je suis devenue végétarienne dès le milieu des années 90. J’ai fréquenté assidûment le magasin d’alimentation bio Les Nouveaux Robinsons de Montreuil et appris à cuisiner végétarien. A cette époque, j’avais déjà une âme de militante. Adhérente de Greenpeace, le week-end je distribuais des tracts contre les OGM. Lorsqu’au milieu des années 2000, j’ai dû choisir un sujet de mémoire pour obtenir mon diplôme d’expert-comptable, j’étais bien embarrassée. L’objectif du mémoire est d’apporter quelque chose de concret à la profession : or, les seuls domaines qui me passionnaient étaient la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. J’ai donc opté pour Le développement durable dans les PME, guide pratique de la démarche de l’expert-comptable. Mon travail a été très mal reçu et ma note, mauvaise : avec seulement deux points de moins, elle aurait été éliminatoire et je n’aurais pas obtenu le diplôme. J’ai soutenu mon mémoire devant un jury constitué par un professeur et un praticien d’expertise comptable. Le premier s’est montré intéressé par ma démarche. Le second a jugé que je m’écartais de l’une des principales missions de la profession selon lui, qui est de permettre à nos clients de faire des économies. Il m’a également expliqué que j’étais complètement à côté de la plaque si je croyais que les PME allaient dépenser plus d’argent pour respecter des engagements écologiques qui n’étaient pas légalement contraignants. Avec la soumission de ce mémoire en 2006, je me voulais innovante en démontrant que les petites entreprises pouvaient s’approprier ces outils… Comme c’est devenu le cas aujourd’hui. Quelques mois après ma soutenance, un club développement durable des experts-comptables se créait. Mais comme mon mémoire n’a pas obtenu la moyenne, il n’a jamais été publié et n’a pas eu l’utilité dont je rêvais pour les PME. En résumé, mes efforts pour mettre un peu de vert dans mon métier ont très mal commencé.